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– Bordel de merde !
Pour la vingt-deuxième fois en moins d'une heure, Evan Howard poussa un long soupire avant de fermer d'un coup sec le dossier en face de lui. Prenant sa tête entre ses mains, il inspira profondément, comme pour se donner du courage. Cette histoire allait finir par le rendre fou, il en était certain.
Evan était avocat, l'un des meilleurs de tout New York à vrai dire, et sûrement même de toute la profession. En fait, il aimait ça par dessus tout : Etre le meilleur.
Pourtant, sur cette affaire là, il se cassait les dents. L'homme qu'il était censé défendre était accusé de meurtre. Et tout, absolument tout, le désignait comme coupable. D'ailleurs, même Evan était intimement persuadé qu'il l'avait tué, cette femme. Un meurtre passionnel, il en était sûr. Mais il voulait le faire libérer, pour lui, pour son putain d'égo démesuré. Parce qu'il voulait gagner, encore.
Son téléphoné sonna, mais il ne bougea pas, laissant la messagerie s'enclencher.
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Hey vieux, c'est Jay. Devines quoi ? J'ai gagné mon procès. J'suis une rockstar du barreau...
Bref, on déjeune toujours ensemble, hein ?! Midi, au Trattoria Trecolori . A tout l'heure. »
Evan esquissa un sourire et, regardant l'horloge, se rendit compte qu'il était presque midi. Jurant, il attrapa sa veste et sortit en trombe de son bureau, fermant la porte d'un coup sec. Il passa devant son assistante, qui lui courut après pour lui donner ses messages. Elle parlait d'un voix rapide et essoufflée, tout en sachant pertinemment qu'Evan ne l'écoutait que d'une oreille
– Et votre mère a appelé, M. Howard,
dit-elle avant de s'arrêter et de soupirer. Il remercia son assistante sans lui jeter un regard, et quitta l'immeuble, tout en songeant qu'il lui faudrait appeler sa mère en rentrant.
En réalité, Jenna Howard n'était pas sa mère, pas vraiment. Jenna et son mari, Jimmy, avait adopté Evan il y a une quinzaine d'année de cela. Il ressentait une vague affection pour elle, le poussant à jouer le jeu du gentil garçon. Mais rien de plus.
Evan avait six ans lorsqu'il a perdu sa vraie mère. Sa mère, une prostituée comme il y en a partout, dans le coin pourri où il a grandit. Quant à son père, il ne l'a jamais connu. Probablement un client comme tout les autres. La vérité, c'est qu'il s'en fiche éperdument. Avec ou sans parents, son existence aurait été la même, dans l'enfer qu'était sa vie. Et sa vie, il la haïssait, à cette époque, au point que l'envie de fuir ne le quittait jamais.
Le problème, c'était qu'aux yeux de tous, on ne pouvait vraiment quitter cette ville que par la mort. En fait, c'était juste la terreur qui empêchait les gens de s'enfuir, et l'intime conviction qu'ici ou ailleurs, la vie serait toujours la même. Alors chacun acceptait son sort, et tirait sa peine dans le purgatoire qu'était cette petite ville sans foi ni loi. Tous sauf Evan.
Il commença à dealler, entrant dans la cours des grands. Car tout le monde savait qui faisait réellement la loi là bas : Les dealleurs. Alors Evan dealla, pour se sortir de là. Pour être remarqué, respecté. Pour se faire une place. Parce qu'après tout, une place au sein d'une bande de dealleur vaut mieux qu'un coin humide dans un caniveau. Les grands chefs finirent par vite l'aimer, le petit fils de pute au coeur de pierre. Et c'est à l'âge de onze ans que tout changea.
Ce jour là, par une banale matinée d'automne, il tua pour la première fois. Il tua comme il deallait, comme il fumait, comme il respirait : Naturellement. Il arracha la vie à un homme, sans remord, sans rien, presque avec ennuie. En apparences tout du moins.
Et ce jour là, inconsciemment, il obtint les pleins pouvoirs sur cette ville. Il aurait pu fuir ce jour là, quitter cet endroit qu'il haïssait tant. Mais cet endroit était devenu le sien à présent, et il aimait ça. Ou du moins, celui qu'il était devenu aimait ça. Car il n'était plus Evan, plus vraiment.
L'ennuie, dans tout ça, c'est qu'il en voulait plus. Encore et toujours plus. Alors il quitta son bled, simplement pour voir les environs. Simplement pour visiter New York. Lui, ses deux kilos de came dans chaque poche, son flingue et son pseudo frère, aux airs de caïd trop vite grandit. Mais ce jour là sonna la fin de tout. Ce jour là, ils furent tout deux arrêtés par la police.
Du haut de ses douze ans, il n'arriva rien à Evan, et ce fût son frère qui finit en prison. Evan, quant à lui, termina dans une famille d'accueil. Il fut rassuré – et vaguement amusé – de voir que les gens d'ici sous-estimait les
enfants à ce point. Les inconscients.
Et c'est là, alors qu'il venait tout juste de mettre les pieds dans ce qui était censé être son nouveau quartier, qu'il les rencontra pour la première fois. Jackson et Callypso.
Il prévoyait tout juste de s'enfuir d'ici, de retrouver sa ville, lorsque Jay s'était avancé vers lui, et lui avait proposé de jouer avec eux. Evan avait froncé les sourcils, tout en regardant le gamin de la tête aux pieds. Il s'apprêtait à lancer une remarque cinglante quant
elle s'avança vers lui en tournant sur elle même. Callypso. Elle ne semblait pas avoir plus de sept ou huit ans, mais d'un coup, Evan perdit le contrôle. Pour la première fois depuis des années, il n'était plus maître à bord, détrôné par une gosse de huit ans. Lui décrochant un sourire éblouissant, elle lui prit la main et, sans rien dire, l'amena vers ses amis restés en retrait. Et Evan se laissa conduire, s'inclinant face à celle qui venait d'obtenir les pleins pouvoirs sur sa vie, sans même le savoir. Il ouvrit la bouche, et se présenta. Rien qu'un mot, un sourire, et tout changea, malgrès lui.
– Evan !
Ses pieds l'avaient guidé d'euxmême jusqu'à son lieu de rendez vous. Jay était déjà là, et le bras levé, faisait signe à Evan. Il s'assit, non sans jeter un rapide coup d'oeil alentour, cherchant du regard une serveuse bien particulière : En vain.
– Tu t'es levé tôt, ce matin, dis donc !
Lança Jay alors qu'Evan venait tout juste de s'asseoir. – Faut croire... Ou alors, tu t'es levé très tard.
Jay rit, et haussa les épaules.
Pour Evan, Jay était et restera, son seul et unique ami. Ils en étaient venus à tout partager, où presque. Ils étaient tout deux avocats, et avaient ouverts un cabinet ensemble. Ils avaient emménagé ensemble, avec Callie, bien évidemment. Ils se racontaient leurs vies de tous les jours, avaient les mêmes connaissances. Seul le passé d'Evan restait encore flou, et le restera. A vrai dire, Evan préférait que son ami ne sache pas ce qu'il avait pu faire. Pourtant, peut être que depuis le temps, Evan aurait dût mettre au courant Jay, lui parler de son putain de passé, lui dire ce dont il était, et est encore capable. Mais égoïstement, il fit l'impasse sur son enfance, pour ne pas perdre Jay, pour ne pas perdre Callie. Parce que Jay et Callie sont indissociables depuis toujours, et ça, Evan l'a très vite comprit. Il aurait pu en être jaloux, d'ailleurs, de cette relation particulière entre eux. Mais ils les aiment, tout les deux et cet amour suffisait à étouffer toute jalousie.
– Callie !
Evan sursauta en entendant son ami et, suivant son regard, finit par repérer celle qu'il avait cherché en entrant ici. Callypso. Elle leurs sourit, et leurs fit signe de patienter quelques instants, tandis ce qu'elle prenait la commende d'une table à l'opposée de la leur.
Callie semblait fatiguée, lasse. Pourtant, elle était à couper le souffle. Comme toujours.
En fait, elle paraissait irréelle tant elle était belle. Elle était l'antidote du mal qui le ronge, celle qui muselait le monstre en lui par la seule force de son sourire. Elle était celle qui avait réanimé un coeur qu'il croyait mort depuis longtemps. Celle dont la bonté et la pureté vous écrase, vous oppresse, vous déboussole et vous chamboule. Celle qui d'un battement de cil, donnait un sens à la vie toute entière. La vérité, c'est qu'elle était sûrement le centre de l'univers, sans le savoir vraiment.
Elle était parfaite, et même plus que ça. Elle était elle.
– Evan ! Hé ho !
En entendant la voix de Jay, Evan sortit de ses pensées, et vit Callie agiter sa main devant son visage hébété. Il tourna la tête vers elle et la vit lui sourit tout en remettant une mèche de cheveux derrière son oreille.
– Qu'es ce que je te sers?
Reprit-elle. – Je... Rien qu'un café.
– D'accord, et toi ?
Demanda-t-elle à l'attention de Jackson. – Comme d'hab' pour moi, merci.
Acquiesçant, elle leurs adressa un dernier sourire et partit d'un pas résigné. Jay attendit que Callie soit hors de vue, pour reprendre la parole.
– Au faite, on a une nouvelle affaire. Si on la gagne, direction les caraïbes pour les vacances...
dit-il d'un air rêveur. – Pourquoi les caraïbes ?
Demanda Evan en souriant. – 'Sais pas, on en parlait avec Callie hier soir.
Evan n'aimait pas vraiment les voyages. En fait, il était bien où il était, vraiment bien.
Mais s'il fallait partir au bout du monde pour leur faire plaisir, il partirait. Evan n'avait besoin de rien d'autre qu'eux. Jay et Callie. Le reste était obsolète.
– Hum, hum... Et c'est qui, le client ?
– Oh, Micah Loon.
– Loon... L'acteur ?
– Non, son fils.
A ses mots, Evan grimaça. S'il y avait bien une catégorie de gens qu'il haïssait, c'était eux : Le gosses de riche. Des préjugés, sûrement, mais il ne pouvait s'en empêcher. Il en avait vu circuler, sous ses yeux, des fils de riches, persuadés d'avoir tout les droits. Parfois, il s'en voulait un peu de les détester, parce que, mine de rien, il a été comme eux, à une époque. Plus ou moins. Sauf que son monde, il en était maître, pour de vrai. Alors il se fit la promesse de faire un effort, pour une fois. Juste une, pour voir.
Pourtant, il allait le détester, celui là aussi. Il allait le haïr, bien plus que tout les autres réunis, le détester comme il n'a jamais détesté personne.
S'il savait, ce qu'il allait provoquer, ce simple fils de star, il n'aurait jamais lancer une telle promesse. Jamais. »
Je sais bien que les premiers chapitres sont en général chiants au possible, mais il faut bien que je présente mes personnages, non ? Je suis consciente que mon style est brouillon et sûrement assez brut. Désolée. Sinon, vous préférez des articles longs ou court ? Je m'informe, pour la suite. Parce que j'ai la fâcheuse tendance d'écrire des pavés imbuvables. Encore faut-il que mes lectrices restent, bien sûr ><"
Merci infiniment à vous toutes [ ♥ ]